Gabrielle Trépanier-Jobin
Cahiers de l'IREF, collection Tremplin, no 1, 71 pages.
Prix du meilleur mémoire 2009
Concentration en études féministes
Devant la nécessité de penser la subjectivité féminine différemment, l’auteure explore un corpus de théories féministes provenant de divers courants de pensée, ainsi qu’un corpus de films réalisés par des femmes au Québec, afin d’y relever des représentations alternatives de la subjectivité féminine et d’étudier leur potentiel subversif. Puisqu’il semble profitable de valoriser les échanges entre les théoriciennes et les réalisatrices, cette étude propose une lecture croisée de ces deux corpus, pour vérifier si leurs idées respectives se recoupent, se complètent ou s’opposent.
Cette recherche examine plus précisément comment les figures de la femme hétérosexuelle, du couple mère-fille et de la déesse femme, mises de l’avant dans la théorie de Luce Irigaray et dans le film La turbulence des fluides de Manon Briand, compensent les oublis et les méprises de la psychanalyse freudienne, des religions occidentales et des cultures patriarcales. Elle observe la manière avec laquelle la figure de la lesbienne, développée dans la théorie de Monique Wittig et dans le filmRebelles de Léa Pool, remet en question l’hétéronormativité, révèle le caractère artificiel des catégories de sexe et libère la sexualité féminine de ses attaches hétérosexuelles. Elle examine en outre comment la figure du travesti/transsexuel, exposée dans la théorie de Judith Butler et dans le film Le sexe des étoiles de Paule Baillargeon, démontre la facticité des catégories « homme » et « femme », illustre le caractère performatif du genre et expose la rigidité des normes sociales. Elle étudie enfin comment le sujet nomade, mis de l’avant dans la théorie de Rosi Braidotti et dans le film Borderline de Lyne Charlebois, ébranle le mode de pensée dualiste, la métaphysique de la substance et le logocentrisme cartésien.
Les quatre analyses de film effectuées dans le cadre de cette recherche révèlent entre autres que ces formes alternatives de subjectivité féminine ne comportent pas, en soi, un pouvoir subversif. C’est plutôt la manière avec laquelle elles sont mises en scène, tantôt par des procédés de répétition et d’exagération, tantôt par des procédés de recontextualisation, d’inversion ou de suppression, qui leur confère le potentiel de perturber l’ordre établi.
Anne Létourneau
Cahiers de l'IREF, no 22
Prix du meilleur mémoire 2008
Concentration en études féministes
Le livre des Juges est l’un des textes les plus violents de la Bible hébraïque. Les femmes y sont souvent victimes de la violence masculine. Pourtant, aux chapitres 4 et 5, deux femmes font figure d’exception dans l’imaginaire biblique patriarcal. En effet, Déborah et Yaël exercent toutes deux violence et pouvoir : l’une par son autorité plurielle auprès du peuple d’Israël et de son armée ; l’autre comme meurtrière de Sisera, le chef de l’armée cananéenne. Ce sont ces deux personnages, à la féminité atypique, qui se trouvent au centre de notre projet d’exégèse biblique féministe. Dans cette recherche, nous explorons de quelles manières les actes violents et les gestes de souveraineté de Déborah et de Yaël façonnent les représentations de leurs genres féminins respectifs. Entre normativité et subversion du genre, où situer la prophétesse de guerre et la meurtrière ?
Cette réflexion s’inscrit à la suite des travaux de Mieke Bal sur les rapports entre genre féminin et meurtre en Juges 4-5 et s’inspire de la théorie de la performativité du genre de Judith Butler. De nombreuses méthodes aussi bien diachroniques que synchroniques sont mises à profit afin d’explorer ces thématiques : critique textuelle, traductologie, philologie, analyse littéraire, critique des formes et narratologie.
Marie-Julie Garneau
Cahiers de l'IREF, no 21
Prix du meilleur mémoire 2008
Concentration en études féministes
Prenant le relais des formes écrites dites traditionnelles, les images cinématographiques et télévisuelles, issues de cette nouvelle ère des communications dans laquelle nous baignons depuis quelques décennies à peine, ont désormais une importance capitale. Puisque c’est bien souvent à travers ces médias de masse que l’on se forge une opinion et un point de vue sur le monde qui nous entoure, l’énorme pouvoir politique et économique lié à ceux qui contrôlent ce qui sera vu ou non sur nos écrans est aujourd’hui indéniable. Or, les femmes québécoises ont longtemps été exclues de la sphère publique, la place qui leur était réservée au sein de l’industrie audiovisuelle reflétant ce que l’on attendait d’elles dans la société traditionnelle en général, soit un rôle de soutien et d’assistance aux hommes, une place de second ordre. Et jusqu’à ce qu’elles parviennent à la réalisation, elles n’avaient aucune emprise sur les représentations féminines à l’écran.
Ainsi, les hommes cinéastes ont véhiculé à outrance les stéréotypes de la femme au foyer ou de la femme hypersexuée : des femmes passives, dépendantes et soumises au regard des hommes. L’arrivée des femmes aux commandes de la réalisation à la fin des années soixante, dans la foulée de la seconde vague féministe québécoise, leur a donc permis de revisiter l’univers que l’on dit propre aux femmes et de proposer de nouveaux modèles dans lesquels le public féminin était enfin en mesure de se reconnaître. Mais comme le système de production québécois est de nos jours basé sur une critériologie purement commerciale, le cinéma des femmes a connu un recul inquiétant ces dernières années; l’on peut aussi se surprendre de ce que les femmes réalisatrices, représentant pourtant plus de 50 % de la population, se fassent aujourd’hui si rares dans les postes créatifs de l’industrie québécoise.
Privées du pouvoir et des privilèges que confère l’accès aux médias cinématographique et télévisuel, les femmes se retrouvent minorisées et marginalisées au sein de ces industries développées, contrôlées et financées de tout temps par des hommes. Désormais, on tend à occulter l’apport culturel des femmes réalisatrices et à minimiser la pertinence de la vision des femmes, la diversité des points de vue étant pourtant nécessaire à toute société démocratique, particulièrement à la nôtre, qui se targue d’être un modèle de multiculturalisme.
Se pourrait-il que les industries cinématographique et télévisuelle québécoises privilégient un sexe plutôt que l’autre ? Se pourrait-il aussi que le manque de reconnaissance des compétences des femmes et des thématiques dites féminines soit à la base du mépris social dont elles sont victimes de la part des producteurs, des techniciens et des diffuseurs ? Est-ce que ce manque de reconnaissance pourrait expliquer pourquoi l’histoire de notre cinématographie nationale n’a pas jugé bon jusqu’ici de s’attarder au cinéma des femmes ?
C’est ce que cette recherche tentera de comprendre en mettant en lumière les enjeux importants liés au pouvoir de se raconter et à la place accordée aux minorités dans l’espace public, en l’occurrence les femmes québécoises.
Anahi Morales Hudon
Cahiers de l'IREF, no 18
Prix du meilleur mémoire 2007
Concentration en études féministes
Penser la citoyenneté au-delà de ses formes restreintes et exclusives exige de reconfigurer celle-ci dans un horizon pluriel et inclusif. Les théories féministes égalitaristes et différentialistes ont rendu compte de l’étroitesse des conceptions classiques de la citoyenneté, tout comme de ses mécanismes d’exclusion. Ces théories se sont toutefois polarisées dans le débat égalité/différence, qui a limité l’articulation des différences avec la visée égalitariste de la citoyenneté. Cherchant à dépasser le dilemme entre universalisme et particularismes qui polarise les théories féministes de la citoyenneté, nous analysons les propositions conceptuelles qui visent une citoyenneté inclusive tout en conservant l’horizon d’égalité comme idéal politique. En ce sens, la citoyenneté est considérée comme paradoxale, car elle se situe continuellement dans les tensions entre identités de groupe et droits individuels. Une telle conception articule à la fois la reconnaissance des différences comme condition même de l’égalité formelle, et l’élimination de diverses formes d’oppression systémiques comme condition d’une égalité réelle. De plus, pour penser la question de l’inclusion réelle dans la citoyenneté, et donc le plein exercice de celle-ci, l’entrée du sujet dans le collectif est pensée à travers le concept d’individuation. Cette reconfiguration théorique de la citoyenneté sera analysée à la lumière des formes émergentes d’action politique que mettent de l’avant les femmes autochtones au Chiapas (Mexique). Cette mobilisation rend compte des nouvelles articulations entre enjeux identitaires et droits individuels dans l’accès au plein exercice de la citoyenneté. Par ce dialogue théorie/pratique, nous tenterons d’asseoir les bases d’une réflexion politique cherchant à dépasser les impasses des débats actuels sur l’inclusion dans la citoyenneté et sur son plein exercice.
Judith Patenaude
Cahiers de l'IREF, no 17
Prix du meilleur mémoire 2006
Concentration en études féministes
Dans les sociétés occidentales, malgré le progrès significatif des droits des femmes, les images culturelles demeurent, encore aujourd’hui, très souvent misogynes. Ces représentations sont d’autant plus pernicieuses qu’elles constituent un produit de l’imagination, voire une abstraction, agissant à un niveau symbolique et affichant ainsi une apparente innocuité. S’imposant par son omniprésence cette phallocratie est si répandue qu’on n’en remarque plus la violence. Cependant, ses conséquences dans la vie des femmes sont, elles, bien réelles.
C’est ce que cherche à dénoncer Nancy Huston dans son roman Histoire d’Omaya, par le biais d’une parodie du roman pornographique Histoire d’O, de Pauline Réage. Nancy Huston s’en prend à la soumission sexuelle des femmes et surtout, à la prégnance de cette représentation dans l’imaginaire collectif. Elle dépeint, dans Histoire d’Omaya, une femme qui, contrairement au personnage de Réage, refuse cette violence qui lui est imposée.
Les différentes marques de la critique de Huston sont donc analysées ici au moyen d’une étude de l’image traditionnelle de la femme dans la pornographie et la littérature érotique et de théories féministes postmodernes sur la parodie. Omniprésent dans le roman, le regard masculin objectivant est également étudié, puisqu’il constitue, au-delà de sa participation à la réification de la protagoniste, un prélude au viol. Enfin, la polyphonie constituante du roman est analysée afin mieux comprendre l’aspect contestataire que revêt cette forme narrative erratique et hérétique.
Mélissa Nader
Cahiers de l'IREF, no 16
Prix du meilleur mémoire 2006
Concentration en études féministes
Le débat sur la suppression des menstruations, présent dans les années 1950, reprend aujourd’hui de la vigueur, en raison de la mise en marché récente de contraceptifs visant l’espacement ou l’interruption des règles.
La présente recherche poursuit trois objectifs : dresser le portrait des positions adoptées par les professionnels de la santé au Québec à l’égard de la suppression des menstruations, analyser les discours sur cette pratique à l’aide des perspectives féministes radicale, individualiste et essentialiste, et évaluer dans quelle mesure cette pratique s’inscrit dans le concept de médicalisation du corps des femmes.
Marie-Ève Bélanger
Cahiers de l'IREF, no 15
Prix du meilleur mémoire 2005
Concentration en études féministes
Cet ouvrage propose une réflexion sur l’écriture des femmes sur la guerre à travers la mise en parallèle de deux romans dont le thème central est la résistance : Les hommes qui marchent de Malika Mokeddem (1990) et de Iran, les rives du sang, de Fariba Hachtroudi (2000). Puisque ces romans placent l’oppression des femmes à l’avant-plan d’un système guerrier, ils soulèvent des questionnements similaires : Quels liens existent entre toutes les formes d’oppression ? Comment la représentation de femmes résistantes transgresse-t-elle la conception stéréotypée du genre sexuel en vigueur dans les sociétés dépeintes ? En quoi l’expérience spécifique des femmes dans la guerre peut-elle engendrer une autre vision du monde ? Afin de répondre à ces questions, l’auteure fait appel à des théories féministes sur le concept de genre, sur le rapport entre les femmes et la guerre, sur le corps approprié et sur l’espace sexué.
Louise Brossard
Cahiers de l'IREF, no 14
Prix du meilleur mémoire 2004
Concentration en études féministes
À la fin des années 1970, des théoriciennes féministes développaient la perspective selon laquelle l'hétérosexualité est une construction sociale traversée par des rapports de pouvoir, notamment, des rapports hiérarchiques entre les sexes. Plutôt que d'y voir la simple expression d'une nature biologique, l'hétérosexualité est considérée sous un angle politique, c'est-à-dire comme un phénomène façonné historiquement par des rapports sociaux.
Notre recherche s'intéressera principalement aux théories de trois auteures féministes, Adrienne Rich, Monique Wittig et Judith Butler, qui ont politisé l'hétérosexualité en articulant, de façon différente, le sexe, la sexualité et les rapports sociaux de sexe. Le choix des auteures mises à l'étude fut guidé, entre autres, par le fait qu'elles sont toutes trois reconnues comme des figures marquantes ayant influencé tantôt le champ des études féministes, lesbiennes et gaies et queer. De plus, leur pensée respective nous intéresse particulièrement pour leur contribution novatrice et heuristique au champ des études féministes. À ce titre, il nous semble important de susciter l'intérêt des mouvements féministes québécois pour les théories développées par ces trois auteures. Plus précisément, nous tenterons de répondre à la question suivante: quelles pistes de réflexion peut-on dégager à partir des théories sur l'hétérosexualité développées par Rich, Wittig et Butler pour questionner et enrichir notre compréhension des rapports sociaux de sexe ?
Julie Brunet
Cahiers de l'IREF, no 13
Prix du meilleur mémoire 2004
Concentration en études féministes
Les années 1990, au Québec, voient l'émergence d'un nombre croissant de productions littéraires signées par des immigrantes de tous horizons. Ignorées par la critique littéraire dite " générale " qui, par ailleurs, tend à occulter la question de la sexuation du discours, ces écritures n'ont encore fait l'objet d'aucune lecture au féminin approfondie. À partir de la problématique du rapport au maternel, pivot de l'identité et des écritures féminines, ce mémoire jette les bases d'une réflexion sur la spécificité des écritures de femmes migrantes au Québec qui, elles aussi, sont travaillées par ce rapport, mais autrement. Plutôt que la relation duelle entre mère et fille qui revient de manière récurrente dans les textes des écrivaines dites " pure laine ", les migrantes proposent un modèle de relations féminines " triangulaire " où la figure grand-maternelle occupe une position centrale et jouit, en outre, d'une autorité narrative étonnante. Histoires de grands-mères explore ces liens intergénérationnels féminins inédits et les moyens textuels utilisés pour les représenter dans trois romans de l'exil : La mémoire de l'eau, de Ying Chen (1992), Le bonheur a la queue glissante, d'Abla Farhoud (1998) et La dot de Sara, de Marie-Célie Agnant (2000). À travers cette lecture qui convie les théories de l'écriture au féminin et de l'écriture migrante, se dessine un passage : de la voix filiale à la voix grand-maternelle, les migrantes réinventent l'histoire du sujet féminin.
Conférence
21 mai 2013 – 14h à 17h
Mélissa Blais, doctorante en sociologie, et Francis Dupuis-Déri, professeur au Département de science politique, en entrevue à la Radio Libertaire de Paris pour l'émission «Femmes Libres», le 15 mai 2013
Francine Descarries, professeure au Département de sociologie, citée dans l'article «Mère à la maison sans misère» dans La Presse du 1er mai 2013
Le livre Les portes closes de Lori Saint-Martin, professeure au Département d'études littéraires, est commenté dans l'article « Lori Saint-Martin : le couple passé au scalpel », dans Le Devoir du 27-28 avril 2013.
Anouk Bélanger, professeure au Département de sociologie, citée dans La Presse du 22 avril 2013 dans l'article «La téléréalité, vache à lait de la télé»
Berthe Lacharité, coordonnatrice de projets à Relais-femmes, cosignataires d'une lettre intitulée «Réformes de l'assurance-emploi et de l'aide sociale - Des machines à produire pauvreté et sous-citoyenneté», parue dans Le Devoir, 18 avril 2013.
Audrey Gonin, professeure à l’École de travail social, en entrevue dans le journal UQAM du 15 avril 2013 à propos d’un projet de recherche sur les centres d’aide à la grossesse « Dans l'ombre du mouvement pro-vie »